Spéculation et crises : ça suffit !

Pétition européenne


Contre l’art. 56 = pour le reste du Traité ?

jeudi 3 avril 2008, par Frédéric Lordon

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C’est une étrange logique qui conduit certains commentaires, lus sur la Toile, à récuser la pétition « Spéculation et crise : ça suffit ! » au motif que faire porter la critique sur les seuls articles 56 et 48 signifierait ipso facto endosser le reste du Traité européen… Pour défaire, si c’est encore possible, cet argument bizarre, il est sans doute utile de rappeler une ou deux choses.

1. Bon nombre des membres du collectif initiateur de la pétition – et on pourrait le parier : bon nombre des signataires déjà enregistrés – se sont engagés activement en 2005 contre le TCE, dont le Traité modificatif n’est qu’une illisible réplique. Bon nombre d’entre eux également sont de nouveau intervenus pour s’opposer à l’invraisemblable déni de démocratie qui a fait « valider » la Traité de Lisbonne hors de toute consultation populaire. Il faudrait que toutes les personnes qui ont lancé ou soutenu la présente pétition soient passablement incohérentes pour avoir aussitôt oublié leurs combats de la veille – ou pour qu’on puisse leur prêter de travailler souterrainement à la ratification de ce à quoi elles se sont constamment opposées…

2. Sauf à tomber dans des formes pathologiques de déni, il faut bien avoir la lucidité de reconnaître que la mobilisation contre le Traité modificatif s’est soldée par un échec. Personne – et surtout pas nous – n’en conclut qu’il faille définitivement passer l’affaire européenne par pertes et profits – en l’espèce par pertes… Mais au moins devrait-on accorder facilement que si la contestation du Traité « en bloc » a échoué, la stratégie de sa contestation « par parties » vaut encore d’être essayée. Il se pourrait même que la seconde, convenablement démultipliée sur une variété de fronts, ait à terme quelques bonnes propriétés de revitalisation de la première. A force que des contestations « locales », mais bien creusées, se multiplient, il devrait finir par être de nouveau apparent qu’elles se totalisent en une critique « globale » cohérente. En cette matière, la division du travail critique est plus porteuse de complémentarités et de synergies que de parcellisation et de renoncement.

3. Il n’est d’ailleurs pas besoin d’être grand stratège pour apercevoir que des mobilisations bien ciblées ont souvent plus d’efficacité que de vastes entreprises attrape-tout. Ce n’est pas que la critique du Traité dans son ensemble manque de pertinence – il n’est sans doute aucun des membres du collectif qui le soutiendrait – mais c’est que la conjoncture politique impose ses contraintes. La conjoncture économique également, dans le cas présent. Car – et telle était bien le primum mobile de cette initiative – la crise financière offre une opportunité sans pareille de porter la critique de la déréglementation financière à un niveau supérieur d’intensité. Exploiter pleinement cette conjoncture-là et en tirer tous les bénéfices requerrait donc d’en rester aussi strictement que possible au champ de problématiques qu’elle délimite et d’où la pétition tire toute son énergie.

4. Ajoutons pour finir qu’on est toujours le « partiel-timoré » de plus « global-ambitieux » que soi. Ne pourrait-on objecter à ceux qui regrettent « d’en rester » au « seul » article 56 qu’eux-mêmes « en restent » au « seul » Traité européen et qu’il y a bien d’autres choses fondamentales au-delà qu’ils oublient de contester ? Quelle tête feraient-ils si on venait leur dire que leur combat ne vaut pas un kopeck dès lors qu’ils oublient de mettre en question la répartition salaires-profits ou même le rapport de subordination salariale ? Et plus encore si l’on ajoutait que, ne portant pas la contestation jusqu’à ces questions de première importance, c’est donc qu’ils les endossent dans l’état où elles se trouvent…

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